mar 30

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Autres services :

–          Relecture et révision jusqu’à l’épreuve finale

–          Rédaction

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mar 30

Une source de problème

Nous avions à l’époque acheté un petit chalet dans les Laurentides, ce qu’on appelle populairement ici un « shack », soit une bicoque des plus simples en demi-rondins, posée sur un vaste terrain planté de sapins majestueux. Le terrain en pente bordait un lac paisible où la tranquillité des lieux était garantie par une loi municipale qui interdisait l’usage de tous les engins motorisés. Nous avions donc dès le premier week-end fait l’acquisition d’un splendide pédalo. La tranquillité régnait… en principe. Lorsque j’y repense, je me dis que les voisins eurent bien de la chance que nous ayons choisi le chalet agrémenté d’un très grand terrain car nos séjours là ont été des plus actifs et certainement des plus bruyants. Lire la suite

mar 30

Un séjour chez mes grands-parents

Lorsque nous arrivions à Tours par l’une des rives de la Loire, nous empruntions directement la rue de la Victoire, puis nous tournions à droite sur la rue Georges Courteline. Nous entrions alors dans le quartier Notre-Dame-La-Riche dont le nom venait de la majestueuse église gothique, remplie de statues remarquables et de splendides vitraux, qui trônait en son centre. La petite fille que j’étais adorait y entrer, impressionnée par la température froide des lieux, l’écho assourdi des murmures, la hauteur majestueuse de la voûte et des arches. À l’extérieur, d’inquiétantes gargouilles grimaçantes saillaient de la façade et vous suivaient des yeux jusqu’à ce que vous passiez la grille de fer forgé qui séparait cette enceinte sereine et solennelle de la vie quotidienne bruyante et brouillonne de la rue Georges Courteline.

Face à l’église, du côté pair de cette rue pavée et étroite, les bâtisses étaient construites en enfilade, collées les unes aux autres. Quelquefois, un couloir sombre se dessinait entre deux d’entre elles. Plusieurs de ces bâtisses avaient été classées bâtiments historiques, notamment celle du 28 rue Georges Courteline où résidaient mes grands-parents, juste en face de l’entrée latérale de l’église. Cette maison de deux étages avait été érigée au temps de Louis XI. Elle servait alors de logis aux valets et aux palefreniers de la maison du roi lorsqu’il était en visite à Tours.

La maison de mes grands-parents se fondait dans l’architecture grise et vieillotte du quartier. Seule sa façade au niveau de la rue jurait un peu dans cet univers de pierres grises. C’était une devanture d’épicerie de couleur jaune paille, où se découpait une simple porte vitrée agrémentée d’une clochette qui retentissait au moindre mouvement. À droite et à gauche de la porte, deux vitrines permettaient aux passants d’admirer les légumes et les fruits frais du jour que mon grand-père était allé quérir aux Halles à l’aurore. Au-dessus de la devanture, l’étage supérieur s’ornait de deux superbes fenêtres à petits carreaux, garnies de balustrades de fer forgé. Ces fenêtres étaient celles de la chambre de devant comme disait ma grand-mère, celle que j’occupais lorsque je venais y passer des vacances. Dès l’entrée, l’épicerie vous accueillait chaleureusement : odeurs des fruits et des légumes, couleurs contrastantes des emballages, alignements gracieux des conserves de petits pois, haricots et flageolets. Lors des moments de calme l’après-midi, ma grand-mère et moi nous nous perchions sur des chaises pour mettre de nouvelles boîtes en place en les tournant toutes du même côté de l’étiquette. Sur le comptoir au fond, les crayons à mine et les petits calepins de papier blanc étaient nombreux. La note était calculée à la main; la caisse enregistreuse n’avait pas encore passé l’entrée de ce commerce. C’était avant l’apparition des supermarchés. Selon le moment de la journée, l’épicier ou l’épicière se tenait juste en arrière; ils y étaient rarement ensemble. Ils avaient sagement compris que deux chefs pour une seule entreprise, c’était trop. Lorsque la clochette de l’entrée tintinnabulait, si l’un sautait sur ses pieds pour répondre au client, l’autre restait tranquillement à sa place. Le client suivant serait le sien.

Après l’épicerie, il y avait un petit vestibule sombre, sans fenêtre. Sur la droite, l’escalier penché aux marches soigneusement cirées montait aux chambres. Nous arrivions sur un palier où se tenait une belle table normande sur laquelle une magnifique porcelaine bleu foncé était posée. À gauche était la chambre d’amis ou la mienne quand j’y venais en vacances, celle située au-dessus de l’épicerie. Les gargouilles de l’église face à la fenêtre me fixaient de leurs yeux globuleux. La chambre était grande. Le lit à deux places à droite se blottissait au coin du mur, à demi cerné de ce que ma
grand-mère appelait le cosy, une sorte d’étagère qui faisait office de tête de lit et se poursuivait sur l’un des côtés. Il était rempli de livres de grands auteurs en format poche. Ma grand-mère les obtenait régulièrement de M. Delmas, un ami qui travaillait dans l’imprimerie où ils étaient produits. Elle les rangeait soigneusement dans le cosy. Elle ne les a jamais lus, moi je les ai feuilletés puis dévorés de la première à la dernière page. C’est ainsi que j’ai découvert Flaubert, Balzac, Montesquieu, Rousseau et surtout Zola. Couchée dans le lit le soir, protégée des gargouilles par ce cosy magique et romanesque, j’observais les lumières de la rue qui se reflétaient dans le grand miroir biseauté fixé sur le mur d’en face, près d’une splendide armoire normande. Il m’arrivait déjà de passer de longs moments les yeux ouverts durant la nuit. Tous les bruits m’intriguaient. Ils étaient si différents de mon univers habituel de banlieue parisienne. Les phares des bus qui passaient à intervalles réguliers en bas dans la rue rayaient le plafond et le miroir de leur lumière mouvante. Et ce va-et-vient répété et lancinant était ponctué à chaque heure par les cloches de l’église. Un coup une heure, deux coups deux heures et je finissais par m’endormir. Au matin, d’autres bruits m’éveillaient : les voitures, les passants, les paroles échangées avec l’épicier, les bus qui passaient encore mais qui n’illumineraient plus le plafond jusqu’à la nuit suivante.

De retour au rez-de-chaussée, après le vestibule vous pénétriez dans une grande pièce qui servait de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher aussi puisqu’un lit double faisait partie des meubles. Il y avait aussi un secrétaire où ma grand-mère faisait ses comptes et, au-dessus, accrochée sur le mur, une vieille toile que mon grand-père avait achetée à une brocanteuse qu’il connaissait de longue date. La toile représentait des sonneurs de cloche, en bras de chemise, suspendus aux longs cordages reliés à leurs énormes instruments bruyants et symboliques. Il trouvait que cette toile se mariait bien à la maison et à l’église si proche. La table occupait le centre de la pièce. Il n’était pas rare qu’une douzaine de convives s’y réunissent, sinon des joueurs de cartes le soir après dîner. Je m’installais alors à côté de mon grand-père. Tout en observant la partie et en écoutant les propos, je dessinais des fleurs et des personnages sur des morceaux de papier. Souvent, il se saisissait de ma création du moment et la brandissait devant lui pour montrer à tout le monde mon talent. J’étais confuse, il était fier. Il l’ajoutait alors aux autres dessins réalisés auparavant qu’il gardait précieusement dans un tiroir du buffet.

Après la salle de séjour, une porte donnait sur une minuscule cour intérieure pavée elle aussi et cernée de toutes parts d’autres bâtisses. La lumière y pénétrait parcimonieusement. Lorsqu’un rayon de soleil parvenait à se frayer un chemin jusque là, les siamois de grand-papa étaient heureux de s’y étaler, soit sur les pavés directement, soit sur le bord de la fenêtre de la cuisine. Ils pouvaient dormir là ou faire leur toilette en étirant chacune de leurs pattes tour à tour tant que le soleil ne disparaissait pas. À l’exception de leurs queues noires, la couleur de leur pelage se mariait harmonieusement à celle des pierres grises et au halo doré dont ils profitaient. Un Renoir ou un Cézanne y aurait tout de suite saisi l’occasion de croquer une superbe scène. Était-ce les chats alanguis, les couleurs fondues ou l’amalgame de tous ces détails mais l’image était bucolique.

Mon grand-père était un homme petit mais impressionnant, un homme de caractère qui avait vécu bien des épreuves au long de sa vie. Il ne lui restait plus qu’une couronne de cheveux à l’arrière de la tête. Petite, j’étais subjuguée par la peau de son crâne lisse qui luisait sous l’effet de la lumière. Il avait aussi de grosses mains d’homme qui avaient travaillé dur. Quand il voulait souligner un de ses propos ou s’il était en colère, il assénait le poing ou le plat de sa main sur la table qui tremblait sous la secousse. Les couverts et les assiettes surprises faisaient un saut. Je n’oublierais jamais ni la scène ni le son. Autant il avait mauvais caractère, autant il était touchant de sensibilité. Je n’ai jamais vu un autre homme que lui pleurer en écoutant un air d’opéra. Il commençait par entonner l’air qu’il entendait à la radio, en duo avec le chanteur, puis ses lèvres tremblaient et deux grosses larmes dégoulinaient sur ses joues rondes. Lorsque l’air prenait fin, il essuyait ses larmes du revers de la main, se saisissait de son mouchoir dans lequel il soufflait bruyamment. Lorsqu’il m’emmenait faire un tour au bord de la Loire, c’était encore une de ses mains qui saisissait la mienne et nous partions d’un bon pas jusqu’au quai. Nous parlions peu. Nous étions complices de ces moments sereins. Nous déambulions le long de la rive, puis nous nous asseyions sur un banc ou bien au bord du quai les pieds ballants. Nous passions de longs moments à observer l’eau grise et bleue qui s’écoulait devant nous où se reflétaient les nuages, le soleil, les arbres, les oiseaux. Si la Loire était en crue en hiver, son niveau baissait sérieusement en été, laissant émerger des bancs de sables et de roseaux où nichaient parfois des canards.

L’église et ses gargouilles, l’épicerie et ses parfums, la Loire et mon grand-père, tous ces détails sont indissociablement reliés à cette maison du 28 rue Georges Courteline, à sa cour intérieure et à l’allée qui la séparait de la maison d’à côté, toutes deux pavées de pierres grises inégales, usées, lustrées par les années, posées tout de guingois. Tout dans cette maison sentait la vieille pierre, le vieux bois, le poids des années qu’elle avait sur les épaules comme les vieilles personnes qui l’habitaient encore. Rien n’était droit entre ses murs qui eux-mêmes ne l’étaient pas. On sentait dans chacune de ces obliques, dans chaque craquement, dans chaque fissure les nombreuses décennies écoulées. Cette maison était ridée et c’est ce qui lui donnait toute son humanité, sa fragilité et son attrait. Combien de générations différentes avaient vécu là? Combien d’événements heureux et malheureux s’y étaient déroulés? Je ne sais pas. Moi, elle a marqué mon enfance. Mes grands-parents sont décédés, la maison a été vendue. Il est probable que l’épicerie n’existe plus. L’église est certainement toujours en face, protégée par la vigilance perpétuelle de ses gargouilles imperturbables.